Pendant un voyage presse en Alsace, lors d’un déjeuner dans le village de Guebwiller (au restaurant le Jardin des sens), j’étais assis en face de Jean-Christophe BOTT. Il avait apporté un Gewurztraminer grand cru Sonnenglantz 2010 et il était parfaitement dans l’équilibre: ni trop sucré, ni trop acide, pile au milieu. Je me suis dit: « s’il arrive à me faire aimer le Gewurtztraminer qu’est-ce que ça pourrait donner sur les Riesling ?« 

Le petit plus du blog … mes vœux sont exaucés par la poste. Il me restait qu’à trouver un lieu à la hauteur et des amis qui adorent ce genre d’exercice.

Pour le lieu, une incroyable adresse parisienne assez méconnue des « Foodingues » que je suis, pourtant le chef (Jean-Marc NOTELE) est un sacré magicien. Dans un décor un peu guindé et ancien, il délivre une cuisine vive, inventive et moderne, l’assiette change tous les jours avec de sacrés trouvailles. Je pense qu’il garde cette décoration pour éloigner les « foodies ».

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l’oignon cuit avec sa peau et des morceaux de pamplemousse…. une tuerie ! Encore fallait-il y penser ! Un magicien je vous dis.

Pour les amis, j’ai la chance de connaître 2 globe-trotter (un apiculteur et un DJ), amateurs de vins blancs qui ont le bec fin et la curiosité affûtée pour « boire un coup de blanc » dans des conditions « Korrekt ».

Le millésime 2012 en Alsace (en résumé avec mes commentaires), un mot: CAPRICIEUX.

« Le début d’hiver des températures clémentes pour la saison, associées à un déficit hydrique important. Février, vague de froid intense. Mars, tout en douceur, favorisa le débourrement précoce. Avril et mai, des températures fraîches entrainèrent un fort ralentissement du cycle végétatif. Fin mai début de la floraison (assez tardif) et sur tout le mois de juin avec un climat assez humide ce qui a favorisé le développement de mildiou et l’oïdium ayant pris le relais en juillet (bref cela ne s’annonçait pas terrible). Les températures très élevées de l’été permirent de limiter les effets des maladies et heureusement, les températures plus fraîches enregistrées en septembre ont favorisé une fin de maturation plus régulière. » (source ici)

Pour dormir moins bête: la vigne a besoin pour son développement d’éléments minéraux (Azote, phosphore, calcium, magnésium, soufre, fer) et des oligo-éléments ou micro-éléments (zinc, bore, manganèse, molybdène, cuivre) pour se développer. Elle puise ses éléments dans le sol et c’est leur présence en quantité suffisante qui assure d’avoir de belles vignes. Donc comprendre le terroir c’est comprendre où et dans quels conditions la vigne récupère ce dont elle a besoin pour grandir. Une fois que le sol possède ses minéraux, le rôle de l’homme est aussi d’avoir de faibles rendements afin de les conserver pour les prochaines vendanges et d’éviter les carences du sol.

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Riesling Grand Cru Mandelberg 2012: je suis passé à côté

Sol argilo-calcaire (de nature calcimagnésienne avec présence de galets calcaires), pour des côteaux à 250m maximum. Les parcelles de l’AOC sont exposées au sud, au sud-est et au sud-ouest. Mandelberg (signifie Côte des Amandiers) est un terroir « très favorable aux Rieslings et se caractérise par une acidité crayeuse, de la souplesse et des notes suaves« . (source ici).  Verdict: un nez vraiment sur l’acidité. En bouche il m’a semblé simple sans plus,  il y a quelque chose qui persiste mais aussi des choses qui disparaissent. Qu’est-ce qui reste ? les agrumes ? c’est pas simple le vin…. mais sur celui-là je n’ai pas eu de grandes émotions.

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Riesling Grand Cru Schlossberg 2012: dans le ton sans pour autant être époustoufflant

« Le coteau du Schlossberg repose à une altitude de 200 à 300 m sur les migmatites de Kaysersberg et de granite intrusif de Thannenkirch, dont les arènes constituent un terroir d’excellente fertilité minérale. Le Schlossberg convient exclusivement aux rieslings leur apportant une grande finesse aromatique et une acidité cristalline« .

Allez on reprend son souffle… Verdict: je suis arrivé sur ce vin avec beaucoup de confiance et d’attente (cf mon post sur l’autre Grand Cru Schlossberg ici). Or, la comparaison est un exercice délicat où se mélange la mémoire des saveurs et le souvenir du moment partagés. Surtout, ce n’était pas le même millésime. Ici ce vin fut très intéressant mais resta assez simple là où je l’attendais dans la complexité. J’ai beaucoup appris ce jour là, ce n’est pas parce que j’ai bu (un jour) un grand cru Schlossberg d’un vigneron que je peux imaginer tous les connaître. Ce n’est pas la bonne attitude, chaque vin est différent, chaque vigneron travaille à sa façon.

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Riesling Grand Cru Schoenenbourg 2012: la révélation

« Ce terroir s’étend sur 53 ha exposés Sud / Sud – Est en pentes fortes par endroits. Il est formé de marnes gypseuses du Keuper (marnes bariolées) recouvertes de grès vosgien et de fines couches de Muschelkalk avec un sous-sol riche en éléments minéraux. Le Schoenenbourg affiche une pointe d’austérité dans la jeunesse mais confère une acidité très fine et ample sur de beaux amers nobles et des notes presque tanniques. Le Riesling est le cépage qui exaltera le mieux toute la nature de ce terroir ». Alors, vous avez tout compris ? La particularité de ce grand cru, est d’abord l’ orientation sud/sud-est puis, l’association d’un sol léger et d’un sous-sol argileux-marneux, riche en éléments fertilisants (azote, phosphate, potassium), ayant une bonne rétention en eau (attention aux années « pluvieuses » où le trop d’eau risque de ne pas s’évacuer). Verdict: la plus grande surprise ! Ce vin avait 2 ou 3 tonalités qui étaient absolument fabuleuses en bouche avec un côté poivré et une persistance assez tenace et austère. Là encore, j’avais déjà bu un grand cru Schoenenbourg (ici) et j’avais considéré que c’était un vin moins complexe. Ce n’est pas simple le vin, c’est l’école de l’humilité. Mais j’apprends à chaque et j’espère vous aussi.

Un verdict sans appel: le 3ème vin était au-dessus (contre toute attente) le 2ème était parfait. Pour ce qui est du 1er… je ne l’ai pas trouvé à mon goût. La preuve en image donc sur un déjeuner du midi dans des conditions parfaites.

http://www.bott-geyl.com

CAÏUS / 6 rue d’Armaillé / 75017 Paris
Tél. : 01 42 27 19 20 / Fax : 01 40 55 00 93

http://www.caius-restaurant.fr